samedi 17 mai 2008

Bavure dans le Tarn. La famille Fajardo sous le choc

Jean-François Fajardo porte encore les stigmates de sa mésaventure. Mardi soir, à Fayssac, il a été victime d'une méprise des policiers de la brigade anticriminalité d'Albi qui poursuivaient depuis une vingtaine de kilomètres une fourgonnette blanche (lire notre édition de jeudi).

La course-poursuite s'est terminée sur le parking de la famille Fajardo, qui n'était absolument pour rien dans cette histoire. Seul problème : leur voisin, toujours activement recherché, n'a rien trouvé de mieux que de se garer chez eux.

Jean-François raconte : « Il était 22 heures environ. J'étais au lit, en train de regarder la télé avec mes enfants, lorsque j'ai entendu des sirènes. J'ai ouvert le volet de la fenêtre et là, j'ai vu plein de policiers, revolver à la main, qui étaient rentrés sur la propriété de ma sœur. Elle n'a pas tardé d'ailleurs à sortir, avec mes deux nièces et mon père. Moi, je leur ai lancé Qu'est-ce que vous faites là ? Ils ne m'ont pas entendu je pense. Alors, je me suis rhabillé et j'ai décidé de sortir pour voir ce qui se passait. »

Jean-François Fajardo, 45 ans, père de 4 enfants (dont le petit dernier, Nathan, né le 6 mai), ne pouvait pas se douter de ce qui allait suivre.

« J'étais encore sur mon terrain quand les policiers sont venus vers moi. Ils m'ont mis en joue, j'ai levé les mains. Sans avoir eu le temps de m'expliquer, on m'a envoyé une bombe lacrymogène dans la figure. Je criais C'est pas moi, c'est pas moi ! mais ils m'ont mis à terre. Je ne sais pas combien de coups de pied j'ai reçus. »

Son père, âgé de 78 ans, essaie de s'interposer. Il reçoit lui aussi un jet de gaz dans le visage. « Je suis malade du cœur. Ça m'a coupé la respiration, je m'étouffais. »

Le septuagénaire devra être amenée aux urgences de l'hôpital d'Albi, par sa fille, Simone. Les deux nièces de Jean-François, Alexandra Santiago, 18 ans et Sabrina, 15 ans, seront elles aussi vues par un médecin. « J'étais surtout inquiète pour Sabrina. Elle avait les yeux brûlés par le gaz », raconte leur maman, qui dit avoir reçu un coup de pied.

« J'AURAIS PU Y RESTER »
Pendant que toute la famille ou presque était à l'hôpital, Jean-François Fajardo, sérieusement amoché, était conduit au commissariat, toujours considéré comme suspect.« Je pissais le sang de partout. A minuit et demi, la police m'a amené à la clinique Claude-Bernard. Mais j'ai passé toute la nuit dans la cellule de garde à vue, debout, sans fermer l'œil. »Sa garde à vue sera levée mercredi à 13 heures quand la police s'est enfin aperçue de sa méprise.L'affaire a suscité une vive émotion à Fayssac, où les Fajardo habitent, paisiblement, depuis des décennies.Jean-François, qui devait passer une série d'examens vendredi, n'est pas décidé à en rester là.« J'ai porté plainte et j'ai pris un avocat, Me Luc Perrouin à Albi. C'est pas normal tous les coups que j'ai reçus, en plus chez moi. J'aurais pu y rester. Heureusement que mes enfants n'ont pas vu ça. »

P.-J. P.


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Une enquête ouverte, avec des excuses
Paul Agostini le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) n'a pas attendu qu'une plainte soit déposée pour commander une enquête interne. «Un rapport m'a été remis par les fonctionnaires qui ont procédé à l'interpellation, explique Paul Agostini. Au vu des premiers éléments, et sans vouloir anticiper sur les conclusions de l'enquête qui sera diligentée par le Parquet, il semble que toutes les conditions étaient réunies pour qu'il y ait quiproquo sur les lieux de l'interpellation. Les apparences étaient trompeuses.» Ainsi, la personne interpellée se trouvait là où le véhicule du fuyard était stationné. Il portait par ailleurs un vêtement ressemblant à celui du chauffard. «On pouvait naturellement penser qu'il sortait du véhicule».

Ne souhaitant pas commenter davantage cette affaire qui fera l'objet d'une enquête, Paul Agostini tient à adresser des excuses à M.Fajardo: «On peut regretter ce qui s'est produit et s'excuser du désagrément qu'il a subi.»

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samedi 31 mars 2007

Police: Retour sur une bavure

L'Humanité

Le 1er janvier, la police avait gazé une famille qui fêtait le nouvel an dans un bar parisien. Un avis accablant a été rendu sur cette intervention.

Désormais, on ne parlera plus d’« intervention controversée ». Mais bien de bavure policière. Saisie, en janvier 2004, par Nicole Borvo (sénatrice PCF) et Christophe Caresche (député de Paris), la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) s’est penchée sur l’histoire de ce réveillon familiale dans un bar parisien qui avait viré au cauchemar après lmusclée de la police (l’Humanité du 23 janvier 2004). Résultat : son avis, rendu le 6 octobre, appuie en partie la version du propriétaire de l’estaminet. Et fustige l’attitude des forces de l’ordre.

Que s’est-il passé cette nuit du 1er janvier ? Mohand Amiar, le patron du Bar des Postes de la rue Clignancourt (18e), avait organisé une petite fête privée dans son établissement. Rideau de fer baissé « aux trois quarts », des femmes, des enfants, des grands-parents. Juste la famille et quelques amis. Une trentaine de personnes en tout. Vers 3 heures du matin, la soirée dégénère. Des frères éméchés s’engueulent dans la rue. Deux policiers du commissariat d’en face interviennent. Mohand Amiar sort pour s’expliquer. Il est rabroué, puis jeté à terre. Les coups de matraque pleuvent et des renforts de la brigade anticriminalité (BAC) arrivent immédiatement sur les lieux. C’est l’engrenage. Un policier vide une bombe lacrymogène à l’intérieur du bar en maintenant la porte fermée. Tout le monde à l’intérieur suffoque.

Les pompiers accourent. La grand-mère finit aux urgences. Une jeune femme a le ménisque fracturé par un coup de pied policier. Mohand Amiar et l’un de ses frères se retrouvent en garde à vue. Ils y resteront plus de quarante heures sans pouvoir appeler leur avocat. En comparution immédiate, ils écoperont finalement de deux mois de prison avec sursis pour « violences aggravées ». Avec fermeture administrative du bar pendant deux mois. Plus dramatique encore, un artiste suédois, lui aussi aspergé de gaz lacrymogène pendant la soirée, décédera quelques heures plus tard d’un arrêt cardiaque dans l’escalier de son domicile.

Aujourd’hui, la CNDS ne porte « aucune appréciation » sur la réalité des violences policières, les différentes poursuites judiciaires n’étant pas closes. Mais elle reconnaît implicitement ce dérapage ahurissant. La CNDS « tient pour établi qu’un ou plusieurs fonctionnaires de police (...) se sont livrés à une agression en projetant du gaz lacrymogène sur un groupe de personnes (...), parmi lesquelles se trouvaient des femmes, des enfants, et qui participaient de manière pacifique à une fête familiale ». Concernant l’identité des auteurs, « aucune recherche, constate la commission, n’a été effectuée par l’IGS à partir de l’enregistrement du trafic radio ou à partir de la comptabilité administrative » des bombes lacrymogènes affectées aux policiers.

La CNDS épingle aussi l’attitude de la hiérarchie policière. Le capitaine de police, témoin direct de ce gazage illégal, n’a pas pris la peine de prévenir le procureur de la République comme le Code de procédure pénale l’y oblige. Pis, les fonctionnaires de police présents n’ont pas pris la peine de porter secours aux personnes incommodées par le gaz. « Ils se sont empressés de rentrer dans le commissariat », déplore la commission, qui souligne qu’aucun policier n’a appelé les pompiers, prévenus par l’un des membres de la famille Amiar. Enfin, la CNDS se refuse à faire un lien direct entre le gazage et la mort de l’artiste suédois. Mais observe, cependant, « que la violence dont il a été victime n’a pu qu’aggraver le risque mortel auquel il était exposé ». Pour le moins.

Plusieurs enquêtes administratives sont réclamées par la CNDS qui a transmis son avis au procureur de la République.

Laurent Mouloud

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mercredi 28 mars 2007

Un contrôle de billet tourne à l'affrontement entre police et jeunes gare du Nord à Paris

par Selim SAHEB ETTABA

PARIS (AFP) - L'interpellation par des gendarmes d'un usager du métro circulant sans billet a dégénéré mardi à la gare du Nord en affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, qui ont duré plusieurs heures à partir de la fin de l'après-midi.
Peu avant minuit, par une série de charges et à grand renfort de gaz lacrymogène, la police a fait évacuer la centaine de jeunes qui leur avait fait face, dans le sous-sol de la gare et dans la station de métro attenante, toute la fin d'après-midi et la soirée.

Le calme est revenu vers 01H00 du matin dans et autour de la gare du Nord quand les forces de l'ordre ont fini par disperser le dernier noyau de manifestants, qui ont joué pendant un temps au chat et à la souris avec elles dans les rues autour de la gare.

Selon la préfecture de police, neuf personnes ont été interpellées, dont l'usager sans billet, un homme de 33 ans accusé d'avoir frappé les agents de la RATP qui l'avaient vu sauter un portique et avaient tenté de le contrôler.

Il avait été rapidement maîtrisé par une patrouille de gendarmes passant non loin de là. Mais quelques dizaines de témoins, parmi lesquels de nombreux jeunes, ont estimé que l'interpellation avait été trop brutale et ont commencé à se masser devant le local de la RATP dans lequel le suspect avait été dans un premier temps retenu, avant d'être évacué vers un commissariat.
Des renforts de policiers et de gendarmes sont rapidement intervenus. Sous le regards de centaines de témoins et d'usagers du métro coincés sur place, une foule de plus en plus hostile, vite motivée par la présence de caméras de télévision, a commencé à jeter des projectiles (surtout des bouteilles de soda en plastique et des fruits) sur les forces de l'ordre.

Les policiers ont répondu par de courtes charges et des jets de gaz lacrymogène, dont les effluves se sont répandues dans les couloir et dans la gare, faisant tousser et pleurer tous les gens alentour.

Certain jeunes, armés de caddys ou de poteaux métalliques utilisés dans le métro pour délimiter les files d'attente, avaient tenté de casser des vitrines de commerces, des distributeurs automatiques de boissons et de friandises, des panneaux d'affichage et des vitres de séparation.

Un début d'incendie a été allumé dans un stand d'accueil de la RATP, mais a été rapidement maitrisé par les pompiers.

Dans la station, le rideau de fer d'une boutique a été tordu, dans une tentative de l'ouvrir, mais les lieux ont été vite gardés par un cordon de police. Un marchand de téléphones portables a toutefois assuré qu'il avait l'intention de passer la nuit, par précaution, dans sa boutique.

Aux cris de "Sarkozy, enc...!", "Police partout, justice nulle part!" ou "A bas l'Etat, les flics et les patrons !", les jeunes émeutiers avaient insulté policiers et gendarmes, dont certains en tenue anti-émeute.

"Comme par hasard, Sarkozy s'en va et le lendemain il se passe çà", a lancé une adolescente noire, qui a refusé de révéler son identité.

Dans un communiqué publié dans la soirée, le porte-parole du PS Julien Dray a estimé ces affrontements "illustrent le climat de tension, le fossé et la violence désormais installés entre la police et la population".

"Les conditions d'un rapport serein et de confiance entre la police et la population doivent être rétablies de toute urgence", a-t-il ajouté.

Les rames de métro des lignes 4 et 5, qui ne s'étaient pas arrêtées à la gare du Nord à partir du début des incidents, marquaient à nouveau l'arrêt en fin de soirée, a-t-on constaté.

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samedi 24 mars 2007

Sans-papiers: une directrice d'école en garde à vue sept heures à Paris

PARIS (AFP) - La directrice d'une école maternelle du XIXème arrondissement de Paris a subi vendredi près de sept heures de garde à vue après des incidents violents mardi lors de l'interpellation d'un parent sans papiers d'élève, une affaire qui a indigné le monde éducatif et la gauche.

A la suite de ce tollé, le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir écrit aux préfets pour leur "rappeler" que "l'exécution des mesures d'éloignement d'étrangers en situation irrégulière ne doit en aucun cas donner lieu à des interpellations (...) de police ou de gendarmerie dans l'enceinte ou à proximité immédiate d'un établissement scolaire".

Convoquée vers 09h00 pour témoigner au commissariat du XIXe, Valérie Boukobza, a été placée en garde à vue pour "outrage et dégradation de biens public en réunion" avant d'être relâchée.

Avec deux autres personnes, elle avait été appelée à témoigner sur les incidents qui avaient opposé, mardi, des policiers à des parents d'élèves qui tentaient d'empêcher l'interpellation du grand-père chinois, en situation irrégulière, d'un enfant scolarisé dans la maternelle de la rue Rampal.

Peu avant 16h00, le parquet de Paris a ordonné la remise en liberté des trois personnes, précisant que "les suites à donner seront décidées ultérieurement en fonction des résultats des investigations à venir".

Selon Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, principale fédération de l'enseignement, la directrice aurait "essayé de protéger les enfants" et la police lui reprocherait d'avoir "tapé sur une voiture de police".

La préfecture de police a fait savoir, à propos des incidents de mardi, que "des personnes ont fait obstruction (...). Un policier a été blessé et aspergé d'un liquide irritant".

L'annonce de la garde à vue a aussitôt suscité des réactions d'indignation dans le monde éducatif et les milieux de gauche.

"Jamais on n'avait atteint un tel niveau. Déjà du gaz lacrymogène à l'entrée d'une école mais en plus, une tentative d'intimidation manifeste!", a lancé Gérard Aschieri.

Le PS avait exigé la remise en liberté de la directrice, demandant que "toute la lumière soit faite", mais les protestations sont venues également des autres candidats de gauche à la présidentielle.

Olivier Besancenot, José Bové, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, Dominique Voynet, tous s'en sont pris à Nicolas Sarkozy.

Le maire de Paris Bertrand Delanoë a écrit au Premier ministre de Villepin, jugeant "inacceptable d'organiser des formes +d'embuscades+ près des établissements scolaires".

François Bayrou, candidat de l'UDF, a aussi estimé que "dans cette affaire, on a franchi des limites".

Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a dénoncé "une tentative d'intimidation intolérable à l'égard d'une enseignante qui, d'après plusieurs témoins, n'a fait que tenter de protéger ses élèves".

De nombreux enseignants avaient répondu à la mi-journée à l'appel du Réseau Education sans frontières (RESF) à se rassembler devant le commissariat où la directrice était placée en garde à vue.

Selon les témoins, mardi les policiers "n'ont pas hésité à utiliser la violence physique et à asperger la rue de gaz lacrymogène pour disperser les parents qui s'opposaient à l'interpellation".

Le grand-père chinois, emmené mardi au commissariat du IIe arrondissement, a été relâché mercredi, a précisé RESF.

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